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La première raison d'être du Chemin de Vie est d'aider les femmes enceintes.

Sa seconde raison d'être est d'aider les jeunes à la recherche d'eux-mêmes dans le désir de construire une vie harmonieuse et heureuse.

Qui nous sommes ?

Mourir dans la dignité

Renée TOUSSAINT - Chemin de Vie

Quand on parle d’euthanasie, on se réfère le plus souvent à la dignité, au « droit de mourir dans la dignité ». Mais qu’est-ce que la dignité ?

Quand il s’agit d’une personne humaine, et non d’un animal, la dignité ne peut pas se réduire à une question de santé ou de bien-être :

« Des gens peuvent être handicapés, malheureux, infirmes, et demeurer en état de dignité. Des parents peuvent avoir des enfants déficients, et pour rien au monde les traiter autrement que comme des êtres infiniment respectables ». 

(Respecter l’homme proche de la mort », Déclaration du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France du 23 septembre 1991, dans Les grands textes de la documentation catholique n° 78)

La douleur insupportable, cette douleur qui détruit la personne nous apparaît certes comme quelque chose d’inhumain, d’indigne. 

N’oublions cependant jamais que les progrès de la médecine vont aussi dans le sens d’une maîtrise de plus en plus grande de la douleur et que ces progrès sont tels que le médecin est aujourd’hui en mesure de proposer une autre voie, bien plus digne qu’un acte de mort, à savoir celle qui passe par la maîtrise de la souffrance.

Pourquoi, dites-moi, irait-on tuer un souffrant dont on peut soulager la douleur, fût-ce, dans les cas les plus difficiles, par un coma artificiel ? 

Les psychologues et ceux qui accompagnent les grands malades en phase terminale savent bien que la demande d’euthanasie d’une personne souffrante signifie le plus souvent : « Quelle valeur ai-je encore à tes yeux ? » 

Peut-on répondre par un geste de mort à une telle interrogation ? 

La douleur peut être adoucie et soulagée dans un climat de soutien moral et affectif. 

Quand le médecin ne peut plus guérir, il peut encore soulager. Le moment est venu de passer de la médecine curative à la médecine palliative. 

Et qu’il s’agisse de médecine curative ou de médecine palliative, les règles éthiques restent les mêmes : le devoir de soigner inséparable du devoir d’être compétent, le refus de donner la mort, le respect de la personne malade.

C’est d’ailleurs par respect pour la personne malade qu’il faut refuser aussi bien l’acharnement thérapeutique que l’euthanasie. 

Personne, aucun médecin, aucun comité n’a en effet ni le droit de la tuer, ni le droit de l’obliger à survivre s’il ne le veut pas.

Les progrès des techniques médicales ont certes de quoi faire peur. Mais  les progrès de la médecine véritablement humaine (et non pas  simplement technique ou ‘vétérinaire’) nous proposent heureusement, avec les soins palliatifs, une alternative digne de l’être humain.

« Avant son admission dans notre maison, Monsieur X avait formulé une demande d’euthanasie. Chez nous [au Foyer Saint-François] cette demande n’est jamais réapparue. 

Nous n’avons d’ailleurs appris que cette demande n’avait eu lieu qu’après le décès de Monsieur X. Monsieur X est resté chez nous 3 mois. Son épouse est restée auprès de lui. Il avait régulièrement des visites de ses enfants et d’amis. 

Voici un petit mot d’une de ses filles, reçu quelques jours après le décès du malade : « Un grand merci à vous tous pour votre accueil, votre compréhension et pour la compassion authentique qui vous anime pour réaliser, dans un tel respect, l’accompagnement des êtres en partance pour l’autre rive, comme vous le dites. Accompagnement et écoute de leurs proches aussi. Je suis reconnaissante que papa ait pu vivre ses derniers jours au sein de votre foyer. A aucun moment, grâce aux soins attentifs que vous lui avez prodigués et au respect que vous lui avez témoigné, je n’ai eu le sentiment de la moindre déchéance – chose qui lui faisait le plus peur – même si la maladie poursuivait inexorablement son œuvre. Je vous suis, du fond du coeur, profondément reconnaissante pour ce respect, cette attention et la chaleur humaine que vous lui avez offerts, à lui et à notre mère, apparemment si démunie pour affronter la séparation. Elle en ressort avec une grande force et une grande confiance ».

(Lettre des amis du Foyer Saint-François, Centre de soins palliatifs de Namur)

Les soins palliatifs, c’est cela : accompagner ceux qui « partent sur l’autre rive », en accompagnant aussi ceux qui souffrent de les voir partir

Les demandes d’euthanasie traduisent presque toujours une demande du patient pour recevoir davantage d’affection.

Mais la question de l’euthanasie s’énonce aussi, parfois, en termes de pitié : à la vue de ses souffrances, on a tellement « pitié de lui » qu’on en vient à penser qu’« une mort accélérée procurée par la main de ceux qui ont pour fonction de soigner serait préférable et représenterait même un geste d’humanité » ( Jean-Paul II, « Le respect de la dignité de la personne mourante », Discours à l’Académie pontificale pour la vie, 9 décembre 2000). 

Si telle est la motivation d’une demande d’euthanasie, on est en droit de se demander si, sous la justification du caractère intolérable de la douleur du patient ne se cacherait pas l’incapacité des personnes ‘en bonne santé’ à accompagner le souffrant dans son difficile travail de souffrance, de donner un sens à cette douleur humaine qui ne peut jamais être totalement éliminée de notre vie terrestre. C’est nous qui ne supportons pas. La pitié nous referme sur notre propre souffrance, sur notre sentiment, voire sur notre dégoût. 

Si l’on veut vraiment aider ceux qui souffrent, il faut résolument remplacer cette « pitié » par l’amour. Seul l’amour peut nous ouvrir à sa souffrance : je ressens certes une certaine « pitié » à le voir souffrir, au lieu de le trouver pitoyable, je le trouve malheureux. Je suis triste et désemparé face à sa souffrance. Il souffre, et je ne peux pas faire grand chose pour l’aider. Oubliant mon propre sentiment, je vais faire tout ce que je peux pour lui. Je vais m’efforcer de le rejoindre dans sa douleur. Je ne l’abandonne pas à sa souffrance, qui me paraît insupportable, j’essaye plutôt de l’alléger, autant que faire se peut, en la vivant avec lui, en la portant avec lui. Je souffre avec lui. Je souffre pour lui.

Rien ne remplacera l’affectueuse présence des parents et des amis. 

Irremplaçable aussi l’accompagnement par le personnel soignant, les psychologues,  les bénévoles. Seul un tel accompagnement affectif et médical permet en effet « de prendre en charge non seulement la douleur physique, mais aussi la souffrance morale de ceux qui sont appelés aux ultimes détachements » (J.P. II, ibid).

Il faut, ici, dénoncer deux erreurs fréquentes :

Soulager la douleur n’est pas une euthanasie même si les effets secondaires de tels soins risquent d’avancer l’heure de la mort.

Interrompre des soins disproportionnés n’est pas une euthanasie. Il est licite d’interrompre les moyens mis à la disposition par la médecine lorsqu’il n’y a plus de proportion entre l’investissement des instruments et du personnel et les résultats prévisibles, ou lorsque les techniques mises en œuvre imposent au patient des souffrances ou des inconvénients plus grands que les bénéfices qu’on peut en retirer.

(« Fin de vie : quelle réponse ? » dans Jeunes pour la vie n° 76, 200)

« Il est légitime de s’abstenir des traitements qui apporteraient peu de bénéfice au regard des désagréments, des contraintes et des effets nocifs ou des privations qu’ils entraîneraient. On pourra interrompre ces traitements lorsque les résultats seront décevants. Un juste respect de la vie humaine n’exige pas davantage » 

(Respecter l’homme proche de la mort », Déclaration du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France du 23 septembre)

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