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Entretien avec Jean Vanier
Extraits
Famille Chrétienne n°1049 du 19/02/98
«... Il y a une souffrance réelle, venant du manque d'une intimité plus totale avec quelqu'un et du renoncement à la paternité ou à la maternité. Mais le mariage apporte aussi ses souffrances. L'union n'est jamais plénière. On ne pourra jamais vivre sur la terre l'extase et la plénitude totales.
Le véritable amour s'achève nécessairement dans la souffrance et le sacrifice, car il est don. Quand on aime quelqu'un, son bien, sa liberté, sa croissance, ont plus de prix que la joie d'être avec lui. L'amour doit toujours être libérateur.
La souffrance du célibat peut être vécue dans l'espérance, qui vient en quelque sorte combler l'angoisse de la solitude. Cette souffrance n'est rien en comparaison de la souffrance vécue par ceux qui espèrent trouver dans l'exercice de la sexualité génitale sans responsabilité, sans lien, sans fécondité, le goût de l'éternel.
Ceux-là sont nécessairement déçus, car ils se retrouvent dans un plus grand isolement encore : le plaisir est si éphémère et l'angoisse si proche !
.. La découverte du célibat, non comme une attente indéterminée, mais comme un don de Dieu demande de longues années de maturation. Le célibat devient alors réponse à un véritable appel de Dieu.
Certains disent oui avec autant de joie et d'enthousiasme que ceux et celles qui se marient. Ils découvrent d'ailleurs que c'est beaucoup plus facile quand ils se déterminent clairement, s'appuyant sur la fidélité de l'amour de Celui qui les a appelés, que lorsqu'ils restaient dans une certaine indétermination..
.. L'état du célibat demeure un mystère. Je crois que Jésus, d'une manière spéciale, désire venir au secours de ceux qui vivent un célibat forcé. Il veut les toucher dans leur coeur profond, pour leur apporter la paix d'un amour nouveau. C'est bien là la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres.
Il reste que dans le coeur de chacun, marié ou célibataire, il y a des moments d'inquiétude, de frustration, des temps où l'on cire son angoisse. Il faut accepter cette dure réalité. Nous ne sommes pas encore au Paradis. Nous espérons atteindre le maximum de paix, d'amour, et d'équilibre. Mais tous nous attendons le passage vers le dépouillement et la mort.
On rêve de mariage : on a l'image d'un amour merveilleux qui apporte le bonheur. Cette aspiration est légitime. Les noces ne sont-elles pas le grand rêve de l'humanité, signe du Royaume des Cieux ? Mais le bonheur est aussi dans l'attente, au-delà du dépouillement et de la mort, d'un don qui nous dépasse tous : le don des noces du Ciel, la rencontre face-à-face avec Jésus. "
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