Olivier BONNEWIJN
Ethique sexuelle et familiale, Editions de l'Emmanuel, Paris, 2006, p. 23.
Une interprétation de la "révolution sexuelle"
Notre contexte social et culturel est marqué par ce qu'on a appelé "la révolution sexuelle". Ce phénomène s'est développé dans le monde occidental à partir de la seconde moitié des années soixante. Trois moments rythment cette "révolution" non seulement d'un point de vue chronologique, mais aussi d'un point de vue structurel.
1. Sexualité et amour, fécondité, institution : une triple dissociation
Le premier moment consiste en une dissociation au coeur même du lien matrimonial entre, d'une part, sa dimension institutionnelle et, d'autre part, ses dimensions relatives à l'amour, la sexualité et la fécondité. "Pas besoin de nous marier devant la société civile ou devant l'Eglise pour nous aimer ! Notre amour ne regarde que nous !" Le mariage peut même apparaître comme un frein et un obstacle à la spontanéité, à la liberté, à la créativité et à l'authenticité de l'amour conjugal. Selon cette mentalité, "l'amour pour toujours" demeure certes un idéal, mais la sincérité des sentiments s'impose comme la valeur à rechercher par-dessus tout, y compris par-dessus "l'hypocrisie" d'une fidélité imposée par les conventions.
Dans un deuxième temps, l'amour et la sexualité libérés de leurs contraintes institutionnelles tentent de dénouer le lien intime qui les unit à la procréation. On assiste ainsi à l'émergence d'une "mentalité contraceptive", c'est-à-dire d'un état d'esprit qui clôt en quelque sorte l'amour et la sexualité sur eux-mêmes en les "protégeant" de leur ouverture constitutive à la vie.
Déchargé du "poids" de l'institution et de l'enfant, "l'amour libre" ne s'arrête pas en chemin. Emportés par leur mouvement, l'amour et la sexualité vont vouloir se dissocier l'un de l'autre. Ils ne sembleront plus aller nécessairement de pair. La sexualité tend à se prendre pour sa propre fin, indépendamment de la relation à autrui. Elle devient un absolu, au sens étymologique du terme : le sexe pour le sexe. Par là, elle se dépersonnalise, se déshumanise. Son seul point de référence réside dans son autosatisfaction, c'est-à-dire dans le plaisir sexuel individuel. Cette finalité hédoniste devient l'unique norme de son exercice. Très logiquement, toutes les formes de son consentement, qu'elles soient vraies ou déviées (masturbation, voyeurisme, prostitution, échangisme, etc.) revendiquent leur légitimité morale ainsi qu'une approbation sociale. Il ne rester plus alors à cet impérialisme du plaisir sensuel qu'une dernière limite, celle de la violence.
La sexualité s'impose donc par elle-même et pour elle-même, indépendamment de l'autre. Elle n'apparaît plus d'abord comme une modalité de la relation humaine, mais exclusivement comme une quêtte du plaisir. Elle se désocialise. Elle confine l'individu dans les limites d'une sorte d' "auto-sexualité". "L'acte sexuel n'engage pas dans ce système et ne contribue pas à enrichir une relation puisqu'il n'y a pas d'altérité. Le but est de trouver son seul plaisir indépendamment de la nature et de la qualité relationnelle, en se prenant comme son propre objet sexuel. La présence de l'autre est simplement une adjonction gratifiante qui s'inscrit dans une économie sexuelle purement narcissique" (Tony Anatrella, "Les modèles contemporains et les orientations actuelles de l'éducation sexuelle, annexe au document du Conseil Pontifical pour la famille, L'éducation sexuelle des enfants, Paris, Mame, 1996, p. 151). Aussi, loin d'unir les personnes, le sexe les sépare, les enferme, les isole les unes des autres. Les pratiques sexuelles développent ainsi une mentalité utilitariste par rapport à autrui. L'autre est en quelque sorte instrumentalisé au profit de la maximalisation du plaisir. Il n'est plus regardé avant tout comme une personne et une fin en lui-même, mais comme un objet et un moyen d'auto-jouissance. Ce type d'économie sexuelle, constate Tony Anatrella, mobilise immédiatement les couches archaïques et anarchiques de l'être humain (Tony Anatrella, L'amour et le préservatif, Flammarion, Paris, 1995, p. 32 sq.). D'un point de vue psychologique, on peut parler de comportements régressifs.
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