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Monique de THYSEBAERT
d'après une conférence Amour, sexualité et vie chrétienne donnée par Aline LIZOTTE (théologienne et philosophe, est présidente de l'Association pour la Formation chrétienne de la Personne - AFCP) en juillet 2006.

 

Amour, sexualité et vie chrétienne
Première Partie :
Petit aperçu de la Théologie du corps

Il faut se défaire de l'idée que le mariage est une voie au rabais de la vie chrétienne. L'amour humain réunit dans un seul acte tous les aspects de l'homme et de la femme. L'acte conjugal demande une préparation de l'âme et du corps, de l'affectivité et de la sensualité. Il permet d'unir eros (l'amour charnel) avec l'agapé.

Et Dieu crée l'homme à son image et à sa ressemblance (Gn, 4-25)

L’idée centrale de la Théologie du corps de Jean-Paul II est un discours théologique sur le corps.
Le Saint-Père nous demande d’arrêter de mépriser le corps mais, au contraire, de le restaurer dans toute sa dignité. Il est parti du texte de la Genèse, le chapitre 2, les versets 4 à 25. Il nous propose une anthropologie qui met en évidence la réalité de l’être homme et de l’être femme en face de Dieu qui les a créés. C’est en effet après la création d'Eve que Dieu a estimé que sa création était terminée. « Et Dieu vit que cela était bon ».
L’homme est d’abord créé seul, dans une solitude cosmique, comme étant le seul pour lequel n’est soulignée qu’une ressemblance par rapport à Dieu. Il ne ressemble pas aux animaux, il n’est pas un ange, il est corps parmi les corps.
L’homme va découvrir qu’il est créé pour cultiver le sol, pour rendre la terre habitable pour lui en travaillant. Par l’acte de dominer la terre, l’homme s’aperçoit qu’il ressemble à Dieu. Chaque acte doit être un acte de vérité, de bonté et d’amour. L’homme trouve sa première dignité quand il est capable de poser l’acte de travailler.
L’homme va aussi découvrir qu’il a été créé pour ne pas être seul. L’homme seul n’atteint pas la plénitude de ce que Dieu a voulu pour lui. L’humanité de l’homme n’est pas complète quand il est tout seul. En nommant la création, l’homme la pénètre et, par là, acquiert une dimension spirituelle. Il en acquiert une connaissance dans un acte de contemplation de l’œuvre de Dieu, un acte de louange de la création de Dieu. Par la contemplation et l’adoration, l’homme établit un lien entre le ciel et la terre.
L’homme va découvrir une 3° dimension de son être. Il se rend compte qu’il est réellement une personne voulue par Dieu pour lui-même. En faisant tomber l’homme dans un sommeil profond, Dieu fait alliance avec l’homme mais ne lui demande pas la réciproque. L’homme se réveillera dans toute sa génitalité, sa sexualité. Dieu fait se rencontrer l’homme et la femme non pas dans le travail ni dans la contemplation mais dans la valeur sexuelle de leurs corps. Il faut que l’être humain soit homme et femme pour être à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Avant la faute originelle, la pudeur n’existe pas, le corps apparaît dans sa splendeur et terriblement personnalisé. On n’a pas peur du regard que l’autre va porter su son corps. La connaissance des valeurs sexuelles de l’autre ne fait naître que le désir de se donner entièrement à l’autre. Il n’y a aucun désir de séduction, aucune concupiscence (désir qui dévalorise).
Après la faute originelle, l’homme et la femme oscillent entre captation et don. Il devient difficile alors de vaincre sa pudeur dans l’acte conjugal. « Je te donne mon corps juste si je sais que tu vas te donner à moi sans me prendre ». Il faudra un grand amour, beaucoup de confiance, de la miséricorde pour brûler la méfiance qui vient de l’homme et de la femme. A ce moment-là, l’acte conjugal devient l’image de Dieu dans son corps.
Le corps montre à la personne humaine que son destin est de faire de son être un être donné.
Au départ, Adam et Eve sont comblés par la création. Ils la dominent parce qu’ils la connaissent, ils sont en grande intimité, en ce sens qu’ils se reconnaissent comme êtres capables de se donner. Il leur manque l’état d’intimité avec Dieu qui ne peut se donner que s’Il est accepté. Mais pour entrer dans l’intimité divine, il faut accepter une certaine mort à soi-même, il faut  passer d’une amitié de soi vers une amitié avec Dieu.
Le serpent, en s’attaquant à la femme s’attaque à la certitude qu’a l’homme de la possibilité du don. Cela induit un soupçon quant à la réalité de la création comme acte de don gratuit de la part de Dieu. Il n’a plus confiance en Dieu et l’intimité avec Dieu est devenue impossible.
Le serpent soustrait la création à la louange, à l’amour, il veut faire la gloire de la créature pour la soustraire à l’amour du Père. Le cœur est détourné de Dieu, il ne reste que le monde des animalia, Adam et Eve se retrouvent détournés de l’amour et de l’intimité de leur Créateur. La conséquence est l’écroulement de la signification conjugale du corps. Avant, ils se voyaient comme capables de se donner, dans l’image et la ressemblance de Dieu. Tout à coup, ils se voient sur la base d’un désir animal de possession de l’un par rapport à l’autre, capables de concupiscence. Ils ont honte l’un devant l’autre. C’est la naissance de la méfiance, du soupçon, du manque de transparence, ils se soupçonnent l’un l’autre de captation. Ils ont peur l’un de l’autre. L’homme ne reçoit plus de son corps et de son amour la certitude qu’il est à l’image et à la ressemblance de Dieu. Son corps l’entraîne dans la jouissance, ce n’est donc pas possible qu’il ressemble à Dieu.
Il a peur de Dieu parce qu’il est nu. Il se sent dépourvu de sa capacité de ressemblance et d’image. Dieu, dans sa transparence, lui fait peur. En ayant peur, l’homme fuit le regard de Dieu et il en arrive à nier Dieu.
Le prix à payer pour rendre à l’homme cette certitude de l’amour de Dieu passe par la mort de Jésus.
L’homme a honte. On voile la femme pour qu’elle ne soit pas source de l’incapacité de la maîtrise de l’homme.
La honte entraîne un déséquilibre intérieur. L’homme et la femme pensent qu’ils ont cessé d’être au-dessus du monde animal au niveau sexuel.
« Le corps n’est plus l’insoupçonnable substratum de la communion des personnes » disait Jean-Paul II. On se méfie de son corps.
Ce qui devait unir les époux, les sépare. La sexualité est saisie comme un élément de réciproque opposition et elle s’oppose à la communion.
La concupiscence remplace  dans le cœur de l’homme et de la femme la béatification de l’acte conjugal.

Saint Paul nous parle de l'amour conjugal

Saint Paul va contre le courant qui vient de la faute originelle et qui fait que nous honorons les différents membres de notre corps de différentes façons. Dans notre corps, nous avons des membres considérés comme décents, des parties honorables que nous montrons et des membres considérés comme indécents, des parties moins honorables que nous cachons. Pour saint Paul, Dieu a disposé le corps de manière à ce que ce qui manque d'honneurs ait le plus d'honneurs. Il nous rappelle que le corps en entier rend gloire à Dieu. En divisant leur corps, l'homme et la femme illustrent la division dans leur coeur. L'homme jette le soupçon sur la beauté , la bonté de la création comme venant de l'amour du Père. Or, la sexualité n'est pas le lit du péché sinon la création de Dieu n'est pas bonne.
Jean-Paul II refuse la conception utilitariste de la relation sexuelle. l'enfant doit être le fruit d'un vrai acte d'amour, d'une vraie étreinte amoureuse, il en est le fruit normal. Le corps doit être traité avec respect et sainteté, il doit être considéré, en entier, dans sa dignité. Le mari respecte le corps de sa femme en ne l'instrumentalisant pas. La femme respecte le corps de son mari en le reconnaissant, en le recevant. Il n'y a pas de communion entre les époux s'il n'y a pas le respect mutuel du corps de soi et du corps de l'autre. Dans ce respect, l'acte conjugal est un acte sacré par lequel l'homme et la femme ne ressemblent pas aux animaux.
On traite son corps avec sainteté grâce à la pureté du coeur, c'est à dire l'unité du coeur. Et le coeur est unifié lorsque tous les actes posés sont susceptibles de glorifier Dieu, c'est à dire de recevoir son plan, de l'aimer et de lui en rendre gloire.
L'acte conjugal est un acte qui, dans sa nature même, rend gloire à Dieu. Il ne se conçoit qu'à l'intérieur du mariage car il faut d'abord se donner dans une parole qu'on respecte. On s'engage l'un envers l'autre dans ce qu'il y a de plus humain. Le mariage est le don de la parole devant Dieu et devant l'Eglise; c'est s'engager dans une alliance que Dieu a voulue. Le fait de donner sa parole sanctifie l'acte conjugal.
Saint Paul nous dit : "Vos corps sont le temple de l'Esprit-Saint"; cela permet aux actes que je remplis de rendre gloire à Dieu s'ils ne méprisent pas mon corps. L'acte conjugal est un acte radical, un don généreux de l'homme et de la femme. Non seulement, il est donneur de vie mais, en plus, il rend gloire à Dieu. Dans cette perspective, on considère l'acte conjugal comme signe de l'image et de la ressemblance de Dieu et comme signe de l'union du Christ et de l'Eglise. Il est donc un sacrement.

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