Monique de THYSEBAERT
d'après une conférence Amour, sexualité et vie chrétienne donnée par Aline LIZOTTE (théologienne et philosophe, est présidente de l'Association pour la Formation chrétienne de la Personne - AFCP) en juillet 2006.
Amour, sexualité et vie chrétienne
Troisième Partie :
En chemin vers l'amour...
Pour être capable de dialoguer avec son conjoint, il faut d’abord être capable de dialoguer avec soi-même pour découvrir sa vérité intérieure.
La naissance marque le début de l’évolution des émotions. Elle marque la fin de la béatitude du sein maternel. Mais le bébé va rapidement connaître les plaisirs : respirer, reconnaître sa mère grâce à l’odeur, se nourrir, faire dans sa couche. Les plaisirs aident le bébé à se former.
Les frustrations sont aussi inévitables pour permettre l’évolution de l’être. Il doit perdre le sentiment de toute puissance pour prendre son autonomie, se reconnaître différent de sa mère d’abord, des autres ensuite. Le respect de l’autre invite à ne pas vouloir changer l’autre sans se changer soi-même. L’homme (la femme) est un être complexe qui a besoin d’intégrer ses émotions en un tout dont le centre est le « Je ».
La différence entre l’homme et la femme fait la beauté du mariage.
Qu’est-ce que l’homme ?
L’identité biologique et sexuelle de l’homme est déterminée au moment de la fécondation.
Au début du développement de l’embryon, le développement est le même pour le garçon et pour la fille. Aux environs de la 10° semaine, au moment où on commence à parler de fœtus, chez le garçon, il y a apparition d’ébauche de testicules pour permettre à l’hormone testostérone de se mettre en action ce qui entraîne le développement en garçon. Chez la fille, c’est l’absence de testostérone qui lui permet de se développer en fille. L’organisme féminin est celui de base. Contrairement à ce que nous dit la Genèse, c’est donc l’homme qui sort de la femme et pas la femme qui sort de l’homme.
L’action de la testostérone sur le cerveau du garçon implique un développement différent de celui de la fille et donc de comportements différents pour le garçon et pour la fille. La manière de recevoir les affections chez la fille sera différente. Chez la fille, les hormones n’interviendront qu’au moment de la puberté.
L’être masculin est donc déterminé dès son être embryonnaire.
La grande caractéristique du corps de l’homme, qui va influencer son comportement, est que ses organes de sexualité sont à l’extérieur de son corps. Cela donne à l’homme un sens de l’extériorité. Son corps le porte à aller de l’avant, à prendre l’initiative. Cela lui donne un sentiment de puissance ; sentiment qui peut être inquiétant au moment de la puberté quand il augmente en lui. La sensorialité de l’homme passe principalement par le sens de la vue. L’homme voit très bien dans l’espace. L’homme se laisse saisir par le regard. Chez l’homme, la chasteté passera par la vue.
Le rythme de l’homme est un rythme circadien. Il a des pics d’énergie et des creux de solitude que la femme, qui n’a pas les mêmes rythmes doit apprendre à respecter.
Qu’est-ce que la femme ?
C’est un mystère, une vérité trop grande pour être saisie par une intelligence normale.
Le bagage génétique de la femme est déterminé lors de la fécondation.
Si l’homme a plus de force, la femme aura plus de résistance à la fatigue, au stress, à l’angoisse de la maladie. La femme a une meilleure santé et vit plus longtemps.
Le développement de l’organisme féminin ne nécessite pas un apport d’hormone spécifique. Il sera plus facile de perturber un homme dans sa masculinité qu’une femme dans sa féminité.
La petite fille naît avec les ovaires qui contiennent tous les follicules qui viendront à maturité dans sa vie de femme. Ce ne sera qu’à partir de la puberté que ces follicules mûriront en ovules prêts à être fécondés par les spermatozoïdes. Un ovule ne sera fécond que durant 24 h.
La femme sera féconde de la puberté jusqu’à la ménopause, c’est à dire beaucoup moins longtemps que l’homme qui fabriquera des spermatozoïdes et donc sera fécond de la puberté à la fin de sa vie.
La puberté n’arrivera chez la fille que quand elle aura presque fini de grandir. Elle pourra, à ce moment, mettre son énergie pour permettre de donner la vie au lieu de la mettre dans sa croissance. Il faut aussi une certaine quantité de cholestérol pour permettre la maturation de follicules en ovules.
Le mûrissement des ovules est de 65 jours comme le mûrissement des spermatozoïdes.
Si, chez l’homme, l’organe sexuel le plus important est le pénis, chez la femme, l’organe le plus important est le vagin. Le clitoris est l’organe qui transforme la sensation tactile en sensation sexuelle.
Si, chez l’homme, la sensation va de l’intérieur vers l’extérieur, chez la femme, elle va de l’extérieur vers l’intérieur. La femme ressent les sensations les plus fortes à l’intérieur.
Chez l’homme, même une joie spirituelle peur provoquer une érection. La femme sentira que son corps répondra de l’intérieur à une joie qui vient de l’extérieur. Elle sentira son corps vibrer.
La femme sait qu’elle s’accomplit dans la maternité. Il est important pour elle de concilier son rôle de mère avec son rôle d’épouse.
Quand elle n’aura plus d’enfants à la maison, elle aura tendance à fuir dans les œuvres comme une maternité de substitution.
La chose la plus difficile pour une femme sera de renoncer à la maternité alors que, pour l’homme, la chasteté sexuelle sera plus difficile.
Alors que chez l’homme la sensualité sera localisée, chez la femme, elle sera répandue sur tout le corps.
Chez la femme, le sens de l’ouïe sera le sens de la mobilité des émotions. Elle sera fragile par ce qu’elle entend, pas par ce qu’elle voit. La femme s’exprimera par la parole.
Une femme silencieuse est une femme qui accueille, qui sait écouter, qui n’a pas renoncé à son espace intérieur d’accueil, d’écoute.
Le mariage est une communion qui se réalise par un dialogue mutuel, une attention mutuelle, un respect total et un don de plus en plus grand.
Mais comment sait-on qu’on aime quelqu’un ? Que comporte le sentiment amoureux ?
La première étape est la capacité d’une excitation sexuelle. L’éveil sexuel est le dernier plaisir que l’enfant connaît quand il se rend compte qu’il y a 2 personnes différentes qui ont une sexualité différente. A ce moment, s’installe une relation à l’autre qui sera différente selon que l’autre sera de même sexe ou pas. Cette relation à l’autre, le bébé la découvrira au départ de ses parents qui sont ses premières relations.
Le garçon doit se séparer de sa mère, doit surmonter l’instinct sexuel pour sa mère, pour se tourner vers son père, pour s’y identifier pour entrer dans le monde masculin.
La fille doit se séparer de sa mère en tant que nounou. La réaction du père sera importante pour l’aider à rentrer dans le domaine des femmes.
L’enfant va prendre conscience d’une énergie nouvelle dans son corps, l’énergie la plus forte de la personnalité émotive, l’énergie sexuelle.
Vers 15 – 18 mois, le garçon a déjà ressenti l’existence d’une zone génitale, se rend compte qu’il n’a pas la maîtrise absolue de son excitation sexuelle.
Chez la fille, ce sera moins facile car elle ne voit pas ses organes génitaux qui sont intérieurs. A partir de 18 mois, elle peut sentir une émotion diffuse, une espèce d’euphorie dans laquelle apparaît une sensualité de tout son être. La femme aura une sensualité explosive de tout son être. Chez l’homme, ce sera localisé.
La deuxième étape est le développement du désir érotique. Cela implique un progrès dans la maturité de l’attraction qui arrive à la fin de l’adolescence. La personne est émue par l’ensemble des valeurs de l’autre. Valeurs qui ne sont pas forcément génitales mais qui s’attachent au sexe de l’autre. La sexualité est, en effet, différente de la génitalité. On peut renoncer à la génitalité, on ne peut pas renoncer à sa sexualité.
La femme sera attirée par les valeurs masculines : sentiment de force, de solidité, de sécurité.
L’homme sera attiré par une émotion qui découle de la féminité : beauté, harmonie, apaisement de sa propre passion (qui peut être tyrannique et contradictoire). Derrière l’attirance, il recherche l’harmonie, une capacité d’accueil.
La personne va faire l’objet d’une émotion tellement forte qu’elle aura besoin de l’objet de cette émotion. L’autre se sentira élevé par la personne vers laquelle il tourne son regard.
On passe de l’attirance sexuelle vers le désir érotique. Cette émotion n’entraînera pas nécessairement l’envie d’aller plus loin. Elle peut être à la base d’une solide amitié.
Il ne faut pas se laisser entraîner par cette émotion vers une exclusivité. On risquerait de s’engager plus loin que ce qu’on voudrait.
La troisième étape est la tendresse. La tendresse utilise le langage du corps comme langage de la transmission des sentiments ce qui rend les sentiments plus forts.
Quand on passe du désir érotique à la tendresse, on arrive dans l’utilisation du langage du corps pour passer son émotion, pour exprimer son amour ; on arrive dans un état d’unité. Quand on passe dans la tendresse, on passe dans l’acte d’engagement. Il se crée un besoin du corps qui devient de plus en plus fort jusqu’à vouloir s’unir à ce corps pour faire une seule chair.
La quatrième étape est l’identité à l’autre. Cette étape devient très engageante et doit se faire dans les deux sens. On s’identifie à l’autre (le succès de l’autre devient son propre succès), on éprouve de l’admiration pour l’autre.
L’homme devient plus lui-même parce qu’il aime cette femme-là.
La femme devient plus elle-même parce qu’elle aime cet homme-là.
La cinquième étape est la découverte d’une transcendance. Les époux ne s’aiment pas que pour eux sinon ils risquent de perdre leur élan, de restreindre leur projet. Les époux s’aiment pour quelque chose qui les dépasse, un idéal commun qui canalisera l’agressivité dans l’amour.
La sixième étape est l’apothéose : c’est l’AMOUR.
Il y a une fusion qui se fait, un élan qui se donne, un amour qui n’est ni à l’un ni à l’autre. C’est la réalité d’un amour qui naît.
Le lien devient plus fort que la mort. Les deux êtres sont unis et ne font plus qu’une seule chair. Mais les deux personnes doivent rester identiques à elles-même pour que l’amour puisse durer. Chacun donne sa personne sans y renoncer. C’est l’union la plus intime qui commence par une union de l’esprit dans la relation entre l’aimé et l’aimant et de laquelle jaillit l’amour. L’un habite l’autre.
Cet amour implique le zèle. On doit être attentif à l’autre, être là quand il en a besoin et le laisser respirer quand il préfère.
Pour que l’amour entre une homme et une femme puisse se développer, ils doivent surmonter trois problèmes.
- Le problème de l’identité qui touche à la définition même de la personne.
L’être humain n’est pas un animal. Il n’est pas non plus quelqu’un de neutre : il est homme ou femme. Pour arriver à son identité d’homme ou de femme, l’enfant doit franchir 3 étapes.
- Une séparation heureuse avec sa mère qui sera différente pour un garçon et pour une fille et dans laquelle le père a un rôle important à jouer.
- Un apprentissage de la mobilité et de la propreté qui sera facilité si l’enfant est certain de garder l’amour de sa maman. A ce moment, se met en place le sentiment d’être aimé ou pas.
- L’identité sexuelle. Le garçon devra se rendre indépendant par rapport à sa mère pour se tourner vers son père et s’identifier au monde masculin. Il est important, à ce stade, que le père représente un modèle masculin acceptable. La fille devra, pour devenir autonome, accepter le monde féminin. Elle devra rejeter sa mère tout en voulant l’imiter. Le père devra l’aider à sortir de son instinctualité. Il faudra qu’il soit particulièrement assuré de sa masculinité.
Pour que les enfants puissent trouver leur identité, il faut qu’ils soient face à un couple où l’amour conjugal est fort entre une vraie femme et un vrai homme. Si l’enfant trouve son identité, il saura dire « Je » et prendre ses responsabilités.
Le mariage est la rencontre de deux « Je ».
1. L’union de l’amour et de l’agressivité.
Pour l’homme, l’amour est toujours un combat. Il doit conquérir sa femme et se battre pour garder sa fidélité. Le 1° combat qu’il aura à mener est contre lui-même. L’amour doit maîtriser la jalousie, l’envie, la domination, la fuite, l’envie de solitude. La capacité d’aimer plus la capacité de se battre permettra de sauvegarder l’amour.
2. L’acceptation des limites.
Il y a 3 limites à l’amour humain.
- La continuité. Dans tout amour humain, il y a des hauts et des bas, des moments de solitude. Chaque crise est un moment où on a le choix entre caler et abandonner ou se reprendre et ressusciter pas toujours le même. Il est important de faire la différence entre discontinuité et infidélité.
- L’idéal. Il y a une différence entre la femme réelle et la femme idéale, entre l’homme réel et l’homme idéal. Il faut apprendre à aimer celui qui est là dans le présent.
- Le temps. Nous n’avons plus le temps pour avoir du temps pour nous. Le temps érode ce que l’amour ne construit pas dans le présent.
Quand nous avons pris conscience de cette évolution, nous pouvons nous engager parce que nous sommes prêts à nous aimer. Cet amour se construit au quotidien et se renouvelle chaque jour.
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