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Xavier LACROIX, Les mirages de l'amour, Questions en débat, Bayard Editions - Centurion - Bovalis, 1997, chapitre III, "L'éloge de l'amitié", pp. 127-130.L'amitié. Un attachement détaché"Notre amitié est le nuage blanc préféré du soleil" . 1. L'amitié vit de liberté"Une accointance, libre et volontaire" : ainsi Montaigne qualifie-t-il l'amitié. * F. ALBERONI, Le choc amoureux [1979] , Pocket, 1981, p. 32.
2. L'amitié repose rarement sur une promesse.Dans cette optique, l'amitié vit autrement la fidélité. Tout d'abord, il est à noter qu'elle repose très rarement sur une promesse, alors que, comme nous le verrons, l'amour appelle celle-ci. On imagine mal des amis (hormis dans les amitiés enfantines ou adolescentes) se jurer explicitement fidélité éternelle.
3. L'amitié se contente de la joie de chaque rencontreAussi le temps de l'amitié n'est-il pas celui de l'amour. Ce dernier, bien sûr, doit supporter les séparations, apprendre une certaine aération. Il ne s'agit pas d'être "tout le temps ensemble". Mais, même intégrée, la séparation y sera vécue différemment. Toujours comme en négatif. Et l'autre, même absent, demeure présent; le cours des pensées reconduit irrésistiblement à lui (à elle). L'amitié intègre bien davantage l'absence. Elle se contente de la joie de chaque rencontre. Alberoni définit le temps de l'amitié comme "granulaire", c'est-à-dire comme une série de moments présents. L'exclamation "il y a bien longemps que l'on ne s'est pas vu!" y prend une coloration différente de celle qu'elle prend dans l'amour : entre amis, le propos est joyeux, détendu, gratifiant, alors que chez les amants il signifiera plutôt une plainte, l'expression d'une peine, quand ce n'est pas d'un reproche.
4. L'amitié est plus désintéressée que l'amourAinsi l'amitié peut-elle apparaître comme plus désintéressée que l'amour. Jean Lacroix va jusqu'à voir dans ce trait sa marque distinctive : * Jean LACROIX, "De l'amitié", in Le sens du dialogue, La Baconnière, Neuchâtel, 1944, p. 139.
5. C'est plus facile d'être soi-même avec un ami qu'avec un amoureux.Moins possessive, l'amitié sera plus détendue. Elle connaîtra moins cette inquiétude jalouse qui conduit beaucoup à élaborer, consciemment ou inconsciemment, des stratégies de conquête ou de défence. Aussi sera-t-elle moins que l'amour le lieu de malentendus : "C'est plus facile d'être soi-même avec un ami qu'avec un amoureux, parce qu'il n'y a pas de comédie à jouer", lance Margot, personnage lumineux du beau film d'Eric Rohmer, Conte d'été, confirmant ce propos de Jean Lacroix: "Si l'amour parfois s'accompagne d'un certain mensonge - n'a-t-on pas dit qu'il vivait de mensonges? - l'amitié, elle, n'existe que dans la vérité, ne vit que de sincérité. Le véritable nom de l'amitié est peut-être confession". * Plus éloignée de la passion que l'amour, l'amitié sera aussi plus tempérée, moins violente. On n'y retrouvera pas (ou moins) ces renversements soudains de l'affection en haine, ces contradictions que l'on trouve en amour. Elle connaît moins ce que les psychologues appellent l'ambivalence, en laquelle l'attraction se double de répulsion, la vénération d'exécration. Ce qui fait que malgré l'absence de serments, elle s'avère finalement plus stable que beaucoup d'amours. * Jean LACROIX, "De l'amitié", in Le sens du dialogue, La Baconnière, Neuchâtel, 1944, p. 144.
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