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Olivier BONNEWIJN
Ethique sexuelle et familiale, Editions de l'Emmanuel, Paris, 2006, p. 253.

Moralité de l'acte

... L'être humain doit donc être respecté comme une personne dès le premier instant de son existence : non pas "comme s'il était une personne " (als) mais "comme une personne qu'il est " (wie). De là découle la prescription morale du cinquième commandement de ne pas tuer. "Tu ne tueras pas ! " Dieu seul est le Maître de la vie, de son commencement à son terme : personne, en aucune circonstance, ne peut revendiquer pour soi le droit de détruire directement un être humain innocent" (Donum Vitae, Introd., 5).

Certains défendent cependant la légitimité morale de l'avortement lorsque celui-ci serait accompli pour des motifs sérieux. "Ce peut être une question grave de santé, parfois de vie ou de mort, pour la mère; ce peut être la charge que représente un enfant de plus, surtout s'il y a de bonnes raisons de craindre qu'il sera anormal ou arriéré; ce peut être le poids que rpennent en divers milieux des considérations d'honneur et de déshonneur, de déclassement, etc" (Déclaration sur l'avortement provoqué, DC 1666 - 1974 -, 14).
Ce peut être également la crainte de conditions de vie futures tellement pénibles pour l'enfant à naître "qu'il vaudrait mieux pour lui ne pas voir le jour".
Dans ces situations, l'avortement apparaîtrait finalement comme une issue moralement acceptable à un conflit entre des valeurs ou des devoirs contradictoires. A défaut d'être un bien, il serait "un moinde mal".

"Jamais aucune de ces raisons ne peut donner objectivement le droit de disposer de la vie d'autrui, même commençante", réponde la Déclaration (14). Toujours, partout, en toutes circonstances, l'avortement est un acte intrinsèquement mauvais, c'est-à-dire un acte désordonné en vertu de son objet, de son action intetionnelle de base, de son volitum. Ni les intentions ultérieures - qui peuvent par ailleurs être compréhensibles, généreuses, bonnes mêmes -, ni les circonstances - qui peuvent être vraiment dramatiques et douloureuses -, ne pourront jamais justifier la suppression délibérée d'un petit être innocent.
Il s'agit d'un "meurtre délibéré ( Evangelium Vitae, 58), d'un "homicide volontaire" (id.) qui tue intentionnellement un être humain commençant à vivre, "c'est à dire un être qui est, dans l'absolu, le plus innocent qu'on puisse imaginer : jamais il ne pourrait être considéré comme un agresseur, encore moins comme un agresseur injuste ! Il est faible, sans défense, au point d'être privé même du plus infime moyen de défense, celui de la force implorante des gémissements et des pleurs du nouveau-né. Il est entièrement confié à la protection, aux soins de celle qui le porte dans son sein" (id.).

Et pour ce qui est du malheur futur (présumé) de l'enfant, personne, pas même le père ou la mère, ne peut se substituer à lui, même s'il est encore à l'état d'embryon, pour préférer en son nom la mort à la vie.
Lui-même, en son âge mur, n'aura jamais le droit de choisir le suivide; tant qu'il n'est pas en âge de décider de lui-même, ses parents ne peuvent choisir pour lui la mort. La vie est un bien trop fondamental pour qu'on le mettte ainsi en balance avec des inconvénients même très graves.
Bref, "tu ne tueras jamais un innoncent".

Comment cet absolu éthique qui ne souffre aucune exception peut-il et doit-il être mis en oeuvre dans le cas extrême où la vie de la mère est menacée?
Que faire, par exemple, lorsque l'utérus d'une femme enceinte est atteint d'une grave tumeur? Peut-on pratiquer une ablation de l'organe malade, opération qui provoquera inévitablement la mort du foetus?
La réponse est oui, car une telle intervention répond aux conditions suivantes :

1) L'acte posé est essentiellement thérapeutique. Il est moralement bon en lui-même. Il ne s'agit nullement d'un acte mauvais effectué en vue d'une fin bonne.

2) L'effet bon recherché - le salut de la mère - n'est pas produit directement par l'effet maléfique : la mort de l'enfant. Ce dernier ne "s'intercale pas comme un chaînon causal". L'effet maléfique n'est pas le moyen immédiat d'ammener l'effet bon. La guérison de cette femme ne dépend pas directement de la mort du foetus qu'elle porte.

3) L'effet maléfique n'est pas voulu pour lui-même.

4) L'effet bon et l'effet maléfique sont dans un juste rapport de proportion. Il ne s'agit pas de soigner une grippe quelconque mais une maladie mortelle.

Ces quatre conditions sont celles traditionnellement retenues pour juger de la moralité d'un "acte à double effet". Il impose de bien voir que l'action intentionnelle de base n'est nullement ici celle d'un "moindre mal" ou d'une solution abortive à un conflit de valeurs, mais bien celle d'un soin de santé. Ce qui est objectivement accompli n'est en aucun cas un avortement, mais un acte thérapeutique. Celui-ci est fondamentalement bon, même s'il a malheureusement comme conséquence prévisible - mains non voulue et indirecte - la mort du petit embryon.