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Elisabeth BOURGOIS
La bioéthique pour tous, Paris, Le Sarment, 2001, pp. 188-190.

Le "nouveau-conçu"

La conception humaine n'est plus aujourd'hui un mystère caché derrière un mur impénétrable, et déformé par des observations imprécises. La première donnée, incontestable car mise clairement en évidence par la génétique est la suivante : au moment de la fécondation, c'est-à-dire de la pénétration du spermatozoïde dans la cellule oeuf, les deux gamètes des parents forment une nouvelle entité biologique, le zygote, qui porte en lui un nouveau programme individualisé, une nouvelle vie unique, semblable à aucune autre.

Le premier événement dans la formation d'un individu humain est donc la fusion de deux cellules hautement spécialisés : l'ovocyte et le spermatozoïde, au travers du processus de la fécondation. Il s'agit d'un processus très complexe dans lequel deux cellules très particulières et programmées, qui constituent deux systèmes en soi mais ordonnées l'un à l'autre, interagissent entre elles, donnait naissance à un nouveau système.

A peine cette pénétration accomplie, une chaîne d'activité se met en route. De toute évidence, ce ne sont plus les deux systèmes qui agissent indépendamment l'un de l'autre, mais il s'est formé un "nouveau système" qui commence à agir comme une "unité" appelée "zygote" ou "embryon unicellulaire".

Les deux cellules gamétiques (spermatozoïde + ovocyte) possèdent chacune en elles un patrimoine bien défini, le programme génétique regroupé en 23 paires de chromosmoes: chaque cellule gamétique possède une moitié du patrimoine génétique par rapport aux cellules somatiques de l'organisme des partents et est dotée d'une information génétique qui diffère qualitativement de celle des cellules somatiques des organismes paternel et maternel.
[...]

Ce nouveau système n'est donc pas la somme de deux sous-systèmes mais un système combiné totalement nouveau qui, si toutes les conditions sont réunies, commence à agir pour parvenir à sa forme spécifique finale. Ce nouveau "génome" identifie l'embryon unicellulaire comme biologiquement humain et en spécifie l'individualité. C'est ce génome qui confère à l'embryon la possibilité de développer toutes ses potentialités grâce à une interaction continue avec son milieu, tant cellulaire qu'extracellulaire, de qui il reçoit des signaux et matériaux.

Ce nouveau programme n'est pas inerte ni "exécuté" à l'aide des organes physiologiques maternels. C'est un nouveau projet qui se construit lui-même et qui en est lui-même l'artisan principal, même si les systèmes d'information maternels, qui ont porté l'ovule à maturation, restent actifs pendant un certain temps. Ce dynaminsme d'autoconstruction a lieu entre le 2e et 3e jour après la fécondation et se poursuit les jours suivants à un rythme vertigineux au travers de signaux qui se transmettent de ellule en cellule. Ce processus de développement possède trois propriétés biologiques : la coordination, la continualité et la gradualité.

Dire que l'embryon est une partie de sa mère est une erreur ou une vision de l'esprit de caractère antiscientifique. Les preuves biologiques en sont d'ailleurs éclatantes dans les expériences de fécondation in vitro, qui démontrent justement que la fécondation peut se réaliser en dehors de l'organisme maternel et que l'union de deux cellules gamétiques, dans un milieu approprié, entraîn e le développement de l'embryon par des mécanismes autoconstructeurs.