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Une sexualité catholique?

Suzanne Boonen-Moreau, collaboratrice du Chemin de Vie,
Journal du Chemin de Vie n°58, avril, mai, jui, 2009.

Réconciliation des deux démarches d'amour et de nécessité

La vraie dimension de la dignité humaine

Assassin, Criminel, Génocidaire, Obscurantiste, Rétrograde, Irrespondable, Fossoyeur, Intégriste...

Mais de qui au juste parle-t-on?

Sans aucun doute d'un des responsables de ces innombrables massacres qui ont ensanglanté notre humanité depuis le temps de sa mémoire... et malheureusement, il n'en manque pas de ces hommes dont on dit qu'ils ont eu un comportement inhumain et qui, pourtant n'ont été que très ou trop humains dans ce que leur nature peut offrir de meilleur et de pire dans le même accomplissement.

Si le sujet était moins douloureux, on pourrait dire avec légéreté qu'il n'y a que l'embarras du choix pour désigner celui à qui attribuer cette salve de qualificatifs accusateurs... Sauf que celui dont on cause est bien cet homme en blanc, symbole depuis des décennies de la paix universelle qu'il envoie régulièrement au monde dans l'envol de sa bénédiction... Et que son crime abominable est d'avoir, pour rappeler la valeur essentielle d'une sexualité responsable dans le respect de chacun, paru dénigrer, voire condamner l'usage du préservatif dans un pays ravagé par le sida où l'amour et la mort s'étreignent dans une agonie sans fin.

Quelques mots retirés cruellement et injustement de leur contexte, mis à nu pour être jetés en pâture à une foule de commentateurs, accusateurs, défenseurs, traducteurs, modérateurs, provocateurs, réducteurs, de bonne ou de mauvaise foi, de bon ou de mauvais gré, tantôt agressifs, tantôt conciliants, mais quel bonheur!... toujours passionnés. Car quelle que soit la divergence dans les propos, c'est toujours un réconfort, voire une espérance d'assister à un sursaut de conscience au milieu de cette morne indifférence dans laquelle s'enlise trop souvent notre quotidien.

Indignation de part et d'autre, la colonne des "pour" et des "contre" monte comme une tornade jusqu'à l'imprécation suprême que constitue le vote-résolution de la Chambre, saisie en extrême urgence, condamnant les propos du pape.
Profitons-en d'ailleurs pour engager nos parlementaires à réitérer ce geste solennel de protestation pour l'appliquer à de nombreuses autres causes, tout aussi urgentes et essentielles... qui ne semblent cependant pas les avoir exagérément mobilisés jusqu'ici.

Et ils ont raison de protester et de s'étonner de ces bribes de discours papal qui sont tombées comme des scories incongrues d'un propos que l'on attend, de la part du chef spirituel de l'Eglise catholique, comme un rappel de l'amour évangélique basé sur l'amour véritable et les responsabilités qu'il engendre, et non une appréciation non contrôlée sur un moyen de défense, ... pourtant indispensable...

Car il s'agit bien de cela : le préservatif est une technique de préservation.
Elle n'est que cela, disent les uns.
Elle est tout cela, disent les autres...

Et c'est dommage d'avoir oublié volontairement ou involontairement la phrase qui précédait le commentaire : "S'il n'y a pas l'âme, si les africains ne s'entraident pas...", phrase qui restitue toute la profondeur douloureuse du problème, car, sans âme, sans entraide, sans amour, sans respect, un simple moyen de préservation ne suffira pas à résoudre l'immense problème du sida, mais doit, en attendant, empêcher d'innombrables victimes, le plus souvent innocentes, vulnérables, d'être inutilement et injustement exterminées.

En attendant quoi?
Mais simplement que ce que le pape a essayé de rappeler : l'amour et le respect qui inspirent une sexualité non seulement maîtrisée mais aussi portée vers l'autre et avec l'autre pour l'accomplissement d'un véritable don de liberté.

Il est vrai que l'éducation à l'amour est beaucoup plus difficile que la distribution de préservatifs et que se contenter de cette dernière peut entraîner une dégradation irréversible des rapports humains et de la conscience personnelle et collective.

Il est vrai aussi que comme toutes les tâches de l'éducation, celle qui appelle, qui rappelle, qui instaure l'amour est aussi longue et infinie que le monde et le temps, et aura toujours besoin, tant l'urgence de la souffrance est présente et lancinante, des simples et nécessaires moyens de défense de secours, de soulagement, de guérison, de compassion, de solidarité.

Et c'est dans la réconciliation de ces deux démarches d'amour et de nécessité, que les hommes et les femmes trouveront, ou retrouveront la vraie dimension de la dignité humaine.

Si l'enjeu n'était pas de telle importance, les querelles de mots paraîtraient bien stériles, mais puisqu'ils ont été prononcés en Afrique, c'est avec un proverbe africain que l'on pourrait essayer de calmer les esprits : Dans la forêt, quand les branches des arbres se querellent, les racines s'embrassent.