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Mgr RICARD
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La fécondité d'un amour qui se donne
dans le célibat sacerdotal

A l’occasion du 40° anniversaire du décret conciliaire
« Presbyterorum ordinis »
conférence donnée à Rome par Mgr Ricard

[...]

Le fondement du célibat sacerdotal ne se trouve pas d’abord dans des raisons psychologiques : être plus disponible pour la mission reçue, avoir plus de temps à y consacrer, ne pas avoir le souci d’une famille…Tout cela n’est pas à négliger mais n’est pas premier. Les objections d’ailleurs naissent très rapidement. On trouvera toujours des gens mariés très disponibles et des prêtres célibataires, très préoccupés d’eux-mêmes, qui le sont psychologiquement très peu. De plus, le don total peut être vécu par des gens mariés. Le Concile Vatican II ne dit-il pas, en effet, à propos des prêtres mariés dans les Eglises orientales : « Avec toute son affection, il (le Concile) exhorte les hommes mariés qui ont été ordonnés prêtres à persévérer dans leur sainte vocation et dans le don total et généreux de leur vie au troupeau qui leur est confié. » (id. n°16) Le vrai fondement du célibat est donc ailleurs.

Il est dans la consécration de toute une vie au Christ (cf. P.O. n° 16) Le pape Jean-Paul II a dit plus d’une fois que la grande convenance du célibat avec le sacerdoce ministériel « entrait dans la logique de la consécration ».

Pour moi, la consécration est un don de soi-même qui implique trois éléments : la contemplation du Christ, l’union au Christ et le service du Christ.

.....

A l’origine de toute vocation apostolique, de toute vocation sacerdotale, il y a cet appel du Christ qui dit à chacun : « Viens ! Suis-moi ! » Suivre le Christ, c’est d’abord l’écouter, le regarder vivre et le contempler. Jésus est celui qui est venu, non pour faire sa propre volonté, « mais la volonté de celui qui l’a envoyé » (Jn 6, 38) Il fait de l’obéissance à la volonté du Père « sa nourriture » (Jn 4, 34) Il se veut totalement uni au Père dans cet amour des hommes. Il est venu pour donner la vie aux hommes (cf. Jn 10, 10), la vie éternelle (Jn 6, 40) Il est prêt à donner sa vie par amour du Père et par amour des hommes : « Nul n’a de plus grand amour que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime. » (Jn 10, 1 ») Le sacrifice du Christ est source de fécondité, cette fécondité que le Christ promet à ceux qui le suivent sur cette route : « Amen, Amen, je vous le dis, si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance. Celui qui aime sa vie la perd, et celui qui la hait en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir, qu’il se mette à ma suite et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. » (Jn 12, 24-26)

Je voudrais faire ici une remarque : Cette fécondité promise sera au rendez-vous (« il porte du fruit en abondance »). Mais elle implique un passage préalable par la passion et la souffrance acceptée par amour. Le Ressuscité est le Crucifié, celui qui porte encore sur lui la marque des clous. Du cœur du Christ jaillit la vie nouvelle symbolisée par le sang et l’eau. Mais n’oublions pas que le cœur dont il s’agit est le cœur transpercé (cf Jn 19, 34) La fécondité passe par le renoncement qui implique toujours un prix à payer. Dietrich Bonhoeffer parlait à ce propos d’un « prix de la grâce » ou d’une «  grâce qui coûte ».

Ce sacrifice du Christ s’inscrit dans la logique de toute sa vie. Pour vivre cette annonce de l’Evangile, Jésus a tout quitté : son village (Lc 4, 36), sa famille. Il a choisi de ne pas se marier et de rester eunuque pour le royaume de Dieu (cf. Mat 19, 12) Pour vivre cette pleine disponibilité à sa mission, il a choisi la pauvreté volontaire. S’il accepte l’hospitalité de ceux qui la lui offrent, il ne possède rien en propre : « Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où reposer sa tête. » (Lc 9, 58) On comprend qu’il demande la pauvreté radicale à ceux qu’il appelle à le suivre. Ne dira-t-il pas au jeune homme riche : « Si tu veux être parfait, va vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux. Puis, viens, suis-moi. » (Mat. 19, 21) ?

Obéissance au Père, célibat, chasteté et pauvreté sont autant de facettes dans le Christ du même don, de sa consécration au Père, de son amour des hommes, de sa relation sponsale à l’Eglise (Jn 3, 29 ; Eph  5, 216 33)

[...]

Le célibat ne se comprend vraiment qu’à l’intérieur de la foi. Il implique la compréhension de la fécondité d’une vie apostolique, totalement donnée. Jésus le soulignera à ses disciples : « Tous ne comprennent pas ce langage, mais seulement ceux à qui c’est donné…Comprenne qui peut comprendre ! » (Mt 19, 11..12) A vue humaine cela dépasse les forces de l’homme. Seule la grâce de Dieu peut le réaliser en nous. Ce qui est demandé au prêtre, c’est de toujours demander cette grâce et de se préparer à la recevoir, en étant fidèles à tous les moyens de sanctification qui lui sont offerts par son propre ministère : prière, écoute de l’Ecriture, célébration de l’Eucharistie et des autres sacrements, pratique personnelle du sacrement de pénitence, rencontre pastorale, vigilance sur son propre équilibre de vie, saine organisation de ses loisirs, prudence dans sesrelations….