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Elisabeth BOURGOIS
La bioéthique pour tous, Le Sarment, Paris, 2001, pp. 243 et 248.

Devant un mourant

Attitude à avoir devant un mourant

Trois principes de base, tirés de l'observation de la nature humaine, doivent conduire toute réflexion et action :
- la reconnaissance du caractère sacré de la vie de l'homme, en tant que créature supérieure à toute création;
- la primauté de la personne sur la société;
- le devoir pour l'autorité de respecter la vie innocente.

 

Refus de l'euthanasie proprement dite

"Rien ni personne ne peut autoriser que l'on donne la mort à un être humain, foetus ou embryon, enfant, adulte ou vieillard, malade incurable ou agonisant, handicapé.
Personne ne peut demander ce geste pour soi ou pour un autre confié à sa responsabilité, ni même y consentir, explicitement ou non.
Il y a là violation de la loi divine, offense à la dignité de la personne humaine, crime contre la vie et attentat contre l'humanité.

"Partager l'intention suicidaire d'une autre personne et l'aider à la réaliser, par ce qu'on appelle "le suicide assisté", signifie que l'on se fait collaborateur, et parfois même acteur, d'une injustice qui ne peut jamais être justifiée, même si cela répond à une demande".

Cette thès, ancrée dans une profonde connaissance de la nature humaine, est ici exprimée par l'Eglise catholique et se base sur une analyse fine de la psychologie de l'homme.

 

Les soins palliatifs

L'arrêt des traitements curatifs ne signifie pas l'arrêt de l'attention à apporter au malade dans l'intégrité de sa personne. En même temps que l'administration de tout traitement, on apporte au malade une réponse à ses besoins fondamentaux : hydratation, sommeil, bien-être dans le lit, apaisement de la douleur, etc.
Il serait illogique que tout cela n'existe pas lors des thérapies curatives, et il serait tout aussi illogique que tout cela s'arrête quand ces mêmes thérapies s'arrêtent.

A la différence des services de soins médicaux ou chirurgicaux qui doivent tout mettre en oeuvre pour apporter une solution thérapeutique à la maladie, en utilisant souvent un matériel sophistiqué, les services spécialisés dans les soins palliatifs mettent en oeuvre un personnel plus important, c'est le temps de leur présence près du patient qui remplace les machines.

La décision de mettre quelqu'un en service de soins palliatifs n'est pas facile à prendre, ni pour le corps médical car il doit accepter son échec, ni pour la famille car elle doit admettre que l'on ne peut plus rien faire, ni pour le malade qui se sent soudainement abandonné par la médecine en qui il avait mis son espérance.
On se rend bien compte que cela ne se fait pas du jour au lendemain, mais progressivement.
Le patient voit moins souvent le médecin, il s'aperçoit qu'il subit moins d'examens, que les traitements sont moins lourds... et que les chuchotements dans le couloir remplacent les conversations dans la chambre.

En soins palliatifs comme dans tout autre service médical, cet accompagnement de fin de vie revient tout simplement à se mettre à la disposition du mourant, à accepter ses crises de désespoir et ses sursauts d'espérance, à l'aider à avancer, avec discrétion, dans ce dernier voyage.

Il est évident que les services de soins palliatifs coûtent cher en prix de journée, car ils nécessitent un personnel plus nombreux, pour des personnes qui ne sont plus "rentables" pour la société.
Ils sont la conséquence :
- d'une impossibilité pour beaucoup de famille de prendre en charge la personne mourante; les maisons ou appartements sont en général de petite taille et souvent vides la journée : travail des deux conjoints, famille peu nombreuse ou recomposée...;
- du refus du poids permanent de la souffrance;
- de la peur de ne pas savoir faire ce qu'il faut (et c'est vrai que ce n'est pas facile !);
- de la peur du dernie "soupir"... peur de cette mort que l'on préfère confier aux spécialistes, qui ne sont pourtant spécialistes que de la vie qu'ils soignent et restent eux aussi désemparés devant la mort qu'ils refusent.

Les services de soins palliatifs sont toutefois la résultante d'une nouvelle prise de conscience de plus en plus réelle de la grandeur de l'homme qui doit vivre ce passage de la mort, dans la paix, entouré de sa famille et de l'amitié d'un personnel attentif et respectueux.