Pourquoi choisit-on la cohabitation?
Vous vous aimez.
Pourquoi choisissez-vous la cohabitation?
Pour rester libre, dis-tu, libre de l'aimer... ou de ne plus l'aimer. Libre de partir si ça ne marche pas.
Mieux vaut d'abord essayer, mieux vaut d'abord s'essayer.
La cohabitation prend ainsi des allures de liberté.
Quelle liberté?
La liberté de s'aimer tout en demeurant libre de ne plus s'aimer?
La liberté de s'engager, sans vraiment s'engager?
La liberté de s'installer ensemble tout en demeurant libre de partir du jour au lendemain, et tant pis pour celui qui veut continuer, tant pis pour celui qui aime le plus? La liberté des cohabitants semble bien se situer toute du côté de celui qui veut pouvoir ne plus aimer, et tant pis pour l'autre.
Tu veux donc rester libre de partir si ça ne marche plus.
Mais est-ce vraiment poser un acte de liberté et d'amour de décider, à l'avance, que si ça ne marche plus comme on le voulait (à l'avance?), comme on le rêvait, tant pis, je pars?
Se dire, en s'engageant, que "si ça ne marche pas", "si ça ne marche plus", je m'en vais, n'est-ce pas limiter sa liberté et son amour en reconnaissant d'emblée que les difficultés de la vie seront plus fortes que notre amour?
Est-ce vraiment dans le refus de s'engager par peur des difficultés de la vie à deux (qui ne manqueront pas de surgir) que se situe la liberté?
La vraie liberté ne se situerait-elle pas plutôt dans l'audace d'affirmer que, quoi qu'il arrive, notre amour sera plus fort?
Au lieu de s'engager à moitié dans une histoire d'amour, en gardant une porte de sortie ouverte, mieux vaut prendre le temps de réfléchir.
Ne t'engage pas trop vite.
Ne te donne pas trop vite.
Prends le temps de réfléchir.
Méfie-toi des pièges de la cohabitation.
S'engager sans s'engager vraiment.
Donner son corps sans se donner vraiment.
On fait comme si on s'était dit "oui", mais on n'a pas vraiment dit "oui".
On fait comme si on était marié, mais on n'est pas marié, et on demande même à nos proches et amis de nous accueillir "comme si" on était mariés.
On entre dans la vie à deux sur la pointe des pieds en gardant une porte de sortie.
On se ménage un espace de liberté où l'autre n'entre pas.
On n'engage pas sa liberté tout entière parce qu'on veut se ménager, pour soi tout seul, un espace de liberté.
On n'engage pas toute sa personne.
On ne se donne pas.
Comment peut-on parler de liberté à propos d'une cohabitation qui, bien souvent, relève plus de l'état de fait que d'une réelle volonté de vivre ensemble : on cohabite parce que le loyer, à deux, ça coûte moins cher; on cohabite parce que, tout seul, ça ne va pas. "Il est venu prendre un pot, et après, il n'est plus redescendu de chez moi". 1 Est-ce là de la liberté? Ne devrait-on pas parler plutôt de pulsion, d'instinct... ce qui est tout le contraire de la liberté?
La cohabitation ressemble plus à une affaire de pulsion qu'à une affaire de liberté.
Ceci dit, la raison profonde qui motiverait le mariage à l'essai est toujours valable : il faut se connaître avant de risquer, il faut s'éprouver avant de s'engager.
Mais la cohabitation, le "mariage à l'essai" n'est ni la seule, ni, loin s'en faut, la meilleure manière de s'éprouver.
L'expérience montre d'ailleurs que l'essai ne suffit pas pour garantir la réussite :
On aurait dû assister en France à une chute spectaculaire des divorces, puisque la plupart des couples mariés ont fait l'essai de la cohabitation. C'est le contraire qui s'est passé : la cohabitation s'accompagne d'une montée des divorces. Si bien, comme le fait remarquer France Quéré, qu'on cohabite parce qu'on est choqué de la montée du divorce (le divorce amène à la cohabitation), et l'on divorce parce que l'on a cohabité (la cohabitation amène au divorce): terrible cercle vicieux ! "
Denis Sonet, Découvrons l'amour
Droguet-Ardant, 1990, p. 175 |
Cohabiter : quel avenir? quelle responsabilité? (Myriam Terlinden)
Homme et femme, égaux face à la cohabitation? (Myriam Terlinden)
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