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FAQ

 

L'ami est l'interlocuteur privilégié

L'amitié naît dans la parole et habite d'abord dans le dialogue, même si le silence joue un grand rôle : on se comprend si bien qu'on n'a plus besoin de se dire ni de dire les choses.
L'ami est quelqu'un à qui je peux tout dire et de qui je peux tout entendre.

"Il n'y a rien dont on ne puisse parler à ses amis" (Lao-Tseu).


L'ami est l'interlocuteur privilégié avec qui je suis à l'aise, avec qui je peux être moi-même, tranquillement et simplement.

Confort inexprimable de se sentir en toute sûreté avec une personne, sans avoir à peser ses pensées ni à mesurer ses mots (Georges Eliot).

 

La conversation est l'un des modes d'actualisation les plus puissants et les plus caractéristiques de l'amitié et acquiert ici un statut particulier.
Quand on est au café, ou bien "chez des amis", on parle de façon anonyme en ce sens qu'on s'adresse à chacun comme à n'importe qui.
Quand on parle à un ami, on parle à quelqu'un à qui on se dévoile et qui se dévoile à nous. La conversation amicale n'est pas une conversation anonyme mais une parole singulière.

C'est dans la parole que s'entretient l'amitié. L'amitié a besoin de la parole. C'est comme cela qu'elle se maintient.
Le dialogue amical permet non seulement aux amis de se soutenir l'un l'autre, mais il leur permet aussi de s'enrichir l'un l'autre. Le face à face amical rend en effet possible une relation où je m'efforce d'offrir à l'autre ce que je ne connais pas forcément de moi-même, que mon ami découvre à travers mes paroles, et qu'il m'expose alors avec ses mots, me dévoilant ainsi quelque chose de moi que je ne connaissais pas.

L'amitié se construit donc sur un dialogue.
Dont l'un des moments privilégiés sont les silences.

Un des charmes de l'amitié vient d'un heureux mélange, d'une heureuse alternance de silence et de parole. Si la parole y est essentielle, elle n'y est pas indispensable. C'est même là l'indice qu'une relation est réellement devenue amicale, qu'elle suporte le silence.

"Heureux, écrit Péguy, deux amis qui s'aiment assez pour [savoir] se taire ensemble".

Mais il s'agit alors d'un silence plein dont le prix vient des paroles antérieures... et à venir.

Xavier Lacroix, Les mirages de l'amour,
Bayard Editions - Centurion - Bovalis, 1997, p. 114


La correspondance
fait aussi partie des rites de l'amitié.
La parole écrite est en effet l'un des moyens privilégiés d'expression d'une amitié qui se dit dans le silence. Ce que je n'ose pas dire, je vais l'écrire. L'écrit à l'ami absent donne une forme à une relation amicale.

Que penser du courrier électronique?
Le courrier électronique est une correspondance un peu différente du courrier classique en ce sens qu'un échange de correspondance est possible plusieurs fois dans la même journée. La multiplicité des réponses "à chaud" donne aux mots écrits une fluidité qui transforme parfois la lettre en conversation. Et le poids des mots donne aux amis le sentiment d'être plus proches que lors d'une conversation bâclée.

Citons aussi le bavardage, car l'amitié est traversée par le bavardage.
De quoi parle-t-on quand on bavarde? De tout et de rien. On parle chiffons ou politique, on évoque la famille, les amours, les plaisirs et les peines. C'est futile et grave. On passe d'un sujet à un autre sans logique apparente.
Or, contrairement à ce qu'on pourrait croire, le bavardage me permet d'approcher la vérité de l'autre de manière inédite : en bavardant, je me laisse guitter par le fil commun des rêveries qui me lient à l'autre. Je mets mon imaginaire à sa disposition et j'avance à la découverte de l'autre à travers son imaginaire.
On dit "ce qui nous passe par la tête" sans contrôle sur nos pensées.
Nous bavardons sous le nez du prof, et c'est délicieux.
Nous bavardons la nuit, quand dorment la plupart des gens, avec un plaisir accru.
Nous racontons nos souvenir en retrouvant des gestes, des intonations, des mimiques, ce qui augmente notre joie (cf. Gilles Tiberghien, Amitier, Le Félin Poche, Paris, 2008).