"Une accointance, libre et volontaire" : ainsi Montaigne qualifie-t-il l'amitié.
Le rapprochement, légèrement paradoxal, entre le nom et les adjectifs, dit bien une des vertus essentielles de l'amitié : celle-ci vit de liberté.
Elle met en jeu des ressources du sujet qui ont beaucoup moins à voir avec la fatalité que l'amour.
Il n'est pas question de "destin des pulsions" en amitié. Ou alors, si l'on veut parler d'idéalisation de l'éros, celle-ci passe par tant de médiations que la conscience et le libre choix y ont largement leur part ! Je puis plus facilement dire "non", et donc plus librement dire "oui", à une amitié qu'à un amour.
A l'égard de l'ami, il en va de même : le respect de la liberté de l'autre est la règle d'or. Comme l'écrit Francesco Alberoni, " en aucun cas il ne viendrait à l'idée d'un ami d'utiliser un filtre d'amitié" ( F. ALBERONI, Le choc amoureux [1979] , Pocket, 1981, p. 32).
L'amitié se nourrit de réciprocité et d'égalité : elle serait entravée si n'était pressentie en l'autre la même liberté que j'éprouve en moi.
Xavier Lacroix, Les mirages de l'amour,
Bayard Editions - Centurion - Bovalis, 1997, p. 129 |