J'ai beaucoup insisté sur l'éminente dignité du corps aux yeux de la foi chrétienne.
Cela se vérifie également dans la conception chrétienne du lien entre la procréation d'un enfant et l'acte conjugal des parents.
L'être humain, en effet, n'est ni seulement un corps charnel ni seulement une âme spirituelle, il est l'unité des deux.
Et l'acte conjugal, par lequel les époux se livrent l'un à l'autre et s'ouvrent ensemble au don de la vie, est, lui aussi, indissolublement spirituel et charnel. C'est dans leur corps et par leur corps autant que par leur coeur que mari et femme consomment leur union et peuvent devenir père et mère.
Voilà pourquoi la conviction profonde de l'Eglise - Epouse du Seigneur ! - est que la seule manière vraiment humaine de donner à la vie à un enfant réside dans un acte conjugal authentique où, dans la vérité de leur chair comme de leur âme, les époux se donnent l'un à l'autre.
Le seul lieu adéquat pour le surgissement d'une nouvelle personne est un acte concret d'amour à la fois spirituel et physique, et non une succession d'opérations techniques objectivement disjointes des gestes de l'amour [...]
[...]
Mais alors, diras-tu peut-être, l'Eglise se moque de la souffrance des couples stériles, elle fait fi de leur désarroi !
En aucune manière !
L'Eglise est une mère qui comprend de l'intérieur la souffrance de ses enfants.
Mais c'est une mère courageuse qui ne leur cache pas la vérité.
Face à la souffrance des couples sans enfant, elle invite tout d'abord les hommes de science à chercher les moyens moralement acceptables de prévenir la stérilité ou de la guérir.
Ensuite, elle rappelle avec douceur que, si le désir d'un enfant est naturel et louable, il n'y a pas cependant de "droit à l'enfant".
Un tel "droit" serait contraire à la dignité de l'enfant lui-même et risquerait de fausser la relation avec lui, car l'enfant n'est jamais un "dû" exigible, mais un "don" gratuit.
Enfin, la stérilité physique peut être compensée par d'autres voies telles que le dévouement à l'enfance démunie et surtout l'adoption.
Certes, il y a dans l'adoption, comme dans la fécondation artificielle hétérologue, une dissociation risquée entre la paternité biologique et la paternité juridique et spirituelle, mais, tandis que la fécondation hétérologue provoque cette dissociation, l'adoption se contente de porter remède à cette situation de rupture déjà existante.
Autant, d'ailleurs, il faut encourager et faciliter l'aodption des enfants abandonnés, autant il faut veiller à ce qu'elle se fasse dans de bonnes conditions.
Il convient notamment d'éviter que l'enfant adopté soit un simple instrument du bonheur de ses parents adoptifs; il doit être aimé pour lui-même et tel qu'il est.
André Léonard, évêque de Namur, Jésus et ton corps.
La morale sexuelle expliquée aux jeunes,
Edime International, Louvain-la-Neuve, pp. 28 et 30 |