Que se passe-t-il si l'on oublie le corps?
Peut-on oublier le corps?
Corps et esprit, nous sommes, de tout notre être, des êtres sexués.
Oublier l'une des composantes essentielles de notre être a pour conséquence immédiate et inéluctable une relation sexuelle manquée.
La plupart des déviations de la sexualité sont fondées sur la dissociation du corps et de l'esprit.
Que se passe-t-il si on oublie le corporel?
Peut-on oublier le corporel ?
Est-il possible d'oublier le corps dans une relation sexuelle qui s'énonce, d'emblée, en rencontre des corps?
On comprend pourquoi on pourrait oublier l'esprit. Mais oublier le corps dans l'exercice de la sexualité humaine, est-ce possible?
Oui. Oublier le corps devient possible quand on dissocie le corps et l'esprit.
Nous soulignerons ici deux grands dangers résultant de l'oubli du corps.
Deux dangers plus sophistiqués que ceux résultants de l'oubli de l'esprit, mais non moins dangereux. Peut-être même plus dangereux.
Le premier danger découle de la procréation des enfants sans acte conjugal des parents.
Contentons-nous d'une liste d'exemples non exhaustive.
En cas de fécondation in vitro par donneur inconnu (on a donc une fécondation hétérologue : le spermatozoïde est extérieur au couple), l'enfant condamné à ne jamais connaître son père biologique devra se contenter d'une paternité "socio-symbolique".
La
fécondation in vitro, qui traîne dans son sillage la congélation des embryons, la destruction des embryons surnuméraires, la sélection eugénique des embryons, les recherches et expérirmentations sur les embryons, réduit le corps humain à un matériau comme les autres.
Avec le clonage reproductif, c'est le lien de filialition qui est perdu; pour que l'individu humain ne soit pas privé de tout repère historico-temporel, on demandera à la société d'imaginer de nouveaus liens de filiation symbolique; sans parler de la possibilité de "produire" une "race" de "sous-hommes" qui ne verraient le monde qu'en raison de leur utilité; comme, par exemple, un clone qui me servirait de réserve de "pièces détachées" en cas de besoin, ce "bébé-médicament" étant ainsi réduit à du matériel humain;
Oublier le rôle essentiel du corps humain dans la procréation conduit inéluctablement à réduire d'autres hommes à une chose utile.
Autrement dit, à produire une classe de "sous-hommes", à savoir ces hommes qu'on mettrait au monde non pas pour eux-mêmes mais pour nous.
Des hommes qui, par conséquent, n'auraient pas droit au même respect que les autres.
Des hommes à qui le premier article de la Déclaration des Droits de l'Homme ne s'appliquerait pas : "Tous les hommes naissent et vivent égaux en droits".
Oublier le corps humain et son rôle essentiel dans la venue au monde de nouveaux êtres humains, c'est mettre l'humanité en danger.
Cette réduction de la procréation humaine à l'art vétérinaire peut aller très loin. J'ai entendu un homme politique européen déclarer que, pour faire un enfant, il faut de toute façon une pipette et un récipient et se demander pourquoi le Pape tient tant à ce que la première soit le pénis de l'homme plutôt qu'une canule, et le second le vagin de la femme de préférence à une éprouvette... Quand on pose les questions à ce niveau, on ne peut évidemment rien comprendre du tout au langage de l'Eglise !
André Léonard, évêque de Namur, Jésus et ton corps.
La morale sexuelle expliquée aux jeunes,
Edime International, Louvain-la-Neuve, p. 30, n. 5
lire le texte
L'éminente dignité du corps aux yeux de la foi chrétienne |
Le deuxième danger, plus sophistiqué peut-être, mais non moins pernicieux, se situe dans la "théorie du genre".
En affirmant que le sexe (mâle ou femelle) se situe uniquement dans le corps et que le "genre" (masculin ou féminin) est affaire de culture, la "théorie du genre" (ou "gender") détache en effet notre fémininité ou notre masculinité de notre corps pour la réduire à une affaire "psycho-sociale".
"On ne naît pas femme, on le devient", disait Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe (1986) : c'est la culture, la société qui assigne des rôles différents aux personnes des deux sexes.
Et pour Elisabeth Badinter (L'un et l'autre, 1986), la seule constante différence biologique qui subsiste de nos jours entre l'homme et la femme, c'est la faculté de procréation chez la femme. Mais, grâce aux progrès techniques, cela pourrait bien changer à l'avenir. Plus aucune différence biologique ne subsisterait alors entre l'homme et la femme.
La seule différence entre un homme et une femme serait par conséquent la manière dont tel ou tel individu se sent dans sa tête. Se sent-il masculin dans un corps de femme? se sent-il féminin dans un corps d'homme? Peu importe que son corps soit mâle ou femelle, les techniques actuelles pourront arranger ça. Et s'il se sent masculin un jour, féminin un autre, il pourra à loisir entretenir des relations sexuelles avec une personne "féminine" ou "masculine" au gré de ses désirs, un jour l'un, un jour l'autre.
Notons au passage que si la "théorie du gender" correspondait à la réalité, on ne voit pas pourquoi les hommes qui se sentent "femme" éprouvent le besoin de transformer leur corps, ni pourquoi les femmes qui se sentent "homme" éprouvent le besoin de mettre leur corps au diapason de leur tête.
L'Eglise catholique : un obstacle de taille à la théorie du gender (A.-M. Libert)