La psychologie des dernières décennies s'est beaucoup penchée sur les différences psychiques des sexes; les expériences et les statistiques ne nous ont, assurément, pas appris grand-chose de plus que l'expérience habituelle ne nous eût déjà enseigné.
Parmi les traits distinctifs que l'on a coutume de mentionner, je voudrais en mettre deux seulement en évidence, car ils revêtent une importance particulière pour la valeur spécifique.
1) L'homme est davantage axé sur ce qui est objectif, il est tout naturel pour lui d'investir toute son énergie dans un domaine d'objets (qu'il s'agisse des mathématiques ou de la technique, de l'artisanat ou d'une exploitation) et de se soumettre, ce faisant, aux lois dudit "objet".
La femme a, quant à elle, la disposible à se porter sur la sphère personnelle: cela signifie plusieurs choses. D'abord, elle aime à associder toute sa personne à ce qu'elle fait. Ensuite, elle s'intéresse particulirement à la personne vivante et concrète, c'est-à-dire tant à sa vie personnelle qu'aux autres personnes et à leurs affaires personnelles.
2) En s'assujettissant à un domaine d'objets, l'homme en arrive vite à se développer d'une manière unilatérlae.
La femme a une propension naturelle à la complétude et à l'homogénéité et ce, derechef à un double égard : ainsi, elle voudrait devenir elle-même un être complet, c'est-à-dire un être épanoui en plénitude et de part en part, et elle voudrait aider les autres à le devenir et, en tout cas, là où elle a affaire aux êtres humains, elle voudrait tenir compte de l'être humain dans sa complétude.
Edith Stein, "La valeur spécifique de la femme" (1928),
publié dans La femme, Cours et conférences, trad. M.-D. Richard,
Cerf, Editions du Carmel, Ad Solem, 2008, pp. 43-44 |