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Le célibat des laïcs,
une autre façon de se donner

Jean-Louis BRU

Tout petit enfant, mes parents ouvriers dans l'industrie textile devaient travailler pour assumer leur subsistance et la mienne. C'est une tante célibataire qui m'a gardé, durant leurs journées de labeur. Elle l'a fait pour d'autres cousins, elle a aussi accompagné ses parents âgés jusqu'au bout de leur existence, elle donne toujours à qui le lui demande ses services en tout genre dans son village. C'est "une tante célibataire". Elle est catholique pratiquante et a trouvé un équilibre de vie, une joie certaine en se tournant vers les autres : personnes de la famille, du village, jeunes comme vieux. Toujours ouverte, à l'écoute, elle nous a poussé à aller de l'avant. Souvent ce fut avec mes grands parents, celle vers qui nous allions en confiance confier en premier ce que nous avions sur le coeur. Elle avait des possibilités éducatives naturelles, des qualités de dévouement qu'elle aurait pu communiquer en devenant institutrice ou infirmière. Mais les conditions économiques de ses parents à l'époque, ne le lui ont pas permis. Elle aussi fut ouvrière. L'image que je reçois de son célibat est celle d'une femme qui a réussi à trouver sa place, son rôle de femme, sans cependant se laisser user par l'abus que les autres peuvent être tenté parfois de faire avec une célibataire. Chacun a ses limites et ne pas les respecter peut nous faire sombrer dans des dépressions irréversibles.

Tant il est vrai que pour certains, les célibataires sont censés avoir une disponibilité à toute épreuve. À deux, on s'épaule plus facilement que lorsque l'on est seul face à toutes les contraintes de la vie quotidienne. Cela dit, ils ont c'est sûr plus de "temps libre" que des parents avec leurs enfants. Et c'est cette liberté qu'il faut mettre au service de ce qui peut épanouir notre vie, humaine, sociale, spirituelle avec les autres. Souvent la famille est le plus proche de nos mondes relationnels, mais le groupe social, village ou ville, le monde professionnel, et les amis demeurent des liens indispensables pour favoriser un bon équilibre.
     L'amitié y a une importance essentielle. S'appeler pour se retrouver à plusieurs dans un week-end montagne, un anniversaire, une crémaillère, y retrouver d'autres célibataires, mais aussi des couples, c'est se sentir exister pour d'autres et avec d'autres. De même dans les moments difficiles, les "coups durs" ces liens peuvent être de précieux soutiens. Ces échanges, partages foyers-célibataires peuvent être d'un enrichissement réciproque intense. 
     L'amitié gratuite, l'amitié fraternelle, celle qui permet d'épanouir d'égal à égal une vie affective en toute liberté et en toute clarté a une valeur irremplaçable. Aujourd'hui la société a tendance à vouloir "érotiser" à tout prix toutes nos relations. Tant et si bien qu'on ne peut voir deux "bons copains" ou deux "bonnes copines" sans penser "homosexuels" ou "lesbiennes". Parallèlement, ceux qui vivent dans la chasteté en arrivent parfois à être considérés comme des "anormaux". Il faut agir contre cette dictature du "tout sexuel" qui pèse sur nos vies et enferme tant de gens, surtout des jeunes. 

 

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