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Une arrière-grand-mère parmi d’autres

Famille Chrétienne n° 740, p.52.

Une arrière-grand-mère qui m’honore de son amitié vient d’avoir 90 ans. A cette occasion, l’un de ses fils a voulu organiser pour elle une fête. Une fête où elle retrouverait tous ceux de ses enfants qui sont encore de ce monde, et aussi ses nombreux petits-enfants éparpillés en Europe et même plus loin. Et leurs enfants à eux, dont les amis perdent le compte.
On réunirait tout ce monde en secret. Elle ne saurait rien, ou presque rien, jusqu’au matin du grand jour . Et chacun préparerait pour elle quelque chose qui ne serait pas un cadeau, mais une évocation : un poème, un dessin, une peinture, une photo commentée, une lettre retrouvée, un sketch ou un tableau vivant. Les musiciens pourraient se contenter de jouer un morceau de leur choix. Ils le firent. Le plus applaudi fut sans doute certain violoncelliste de 12 ans qui joua remarquablement bien du Vivaldi. La famille aurait suffi pour remplir la salle, mais l’on avait invité cependant quelques amis, heureux d’être associés à la célébration.
Célébration d’une vie de dévouement souriant sans retour sur soi. Car la grand-mère en question était une artiste qui avait mis
son art entre parenthèses pour ce long temps pendant lequel elle avait été maman  et  rien  d’autre,  dans  les  périodes fastes comme dans les années d’énormes difficultés
matérielles. ‘Rien d’autre’, dit-elle en souriant. ‘Mais il faut déjà, pour être une maman tendre et ferme, une maman intéressante et qui enseigne à vivre, tellement de présence attentive que cela suffit pour remplir la vie’.
‘Et l’art ?’ Eh bien, l’art était délaissé, n’entrait dans sa vie qu’à la sauvette. Elle l’a retrouvé après, quand les enfants ont été élevés. Et alors, elle lui a donné toute la place que les petits-enfants laissaient vide.
L’une de ses petites-filles a écrit à son sujet : ‘Grand-mère, c’est quelqu’un à qui j’ai toujours pu raconter, et qui m’a toujours écoutée… Jamais elle ne s’est refermée. Elle m’a souvent permis de voir plus clair, de me soulager, de me modérer’.

Et un petit-fils : ‘Tu as apaisé mes angoisses d’adolescent’.
Aimer, comprendre, aider, tirer vers le haut, c’est sans doute ce qu’elle a toujours voulu faire.

Et sa fille raconte que l’été dernier, à 89 ans passés, elle a entrepris seule un long voyage pour aller du sud de la France jusqu’en Andalousie voir un fils très malade et une belle-fille mourante. ‘Sa sérénité, son humour, sa dignité les ont aidés tous les deux. L’un a retrouvé, à force de volonté, l’usage de ses jambes. L’autre a repris goût à la vie et jusqu’à sa mort est restée presque gaie’.
Le secret de ma vieille amie, quel est-il ? Peut-être ceci : accepter ce qui vient, joie ou peine, avec simplicité ; ne jamais s’appesantir sur soi-même ; et donner à chacun tout ce qu’il veut ou peut recevoir. C’est ce qu’elle a fait au long d’une vie où les chagrins et les drames ont été nombreux » (Marie-Madeleine Martinie).