Quand notre fille aînée nous a dit qu’elle allait vivre avec son copain, nous n’avons pas su que faire. Mon frère avait eu le cas avec un de ses enfants et l’avait mis dehors. Nous avions trouvé cette attitude désastreuse : le garçon n’a renoué avec sa famille que des années plus tard, et les séquelles de cette histoire sont encore nombreuses.
Nous avons donc décidé d’adopter une attitude contraire : jouer la carte de la compréhension. Nous avons accepté le copain comme un gendre. Quelque temps plus tard, le couple ne marchait plus très bien. De nouveau, nous ne savions que dire à notre fille qui nous parlait de ses difficultés. Fallait-il continuer à les considérer comme mariés et les appeler à surmonter la crise pour éviter un ‘divorce’, ou fallait-il envisager une séparation ? Alors qu’au début de leur relation, nous voulions absolument être ‘non-interventionnistes’, nous devenions, devant la souffrance de notre fille, ‘hyper-protecteurs’.
En faisant comme si elle était mariée, alors qu’elle ne l’était pas, en voulant croire que son couple était solide alors qu’ils ne savaient pas où ils allaient, nous ne les avons pas aidés à mûrir : ils se sont sentis ‘portés’ par une pseudo-approbation. Or ce n’était pas leur couple que nous approuvions mais l’idée que nous nous en faisions. Ils ont fini par se séparer, ce fut très pénible. Ma fille l’a vécu aussi douloureusement qu’un divorce.
Quand notre seconde fille a décidé de suivre le même chemin que l’aînée, nous avons réagi différemment. Nous avons refusé de la considérer comme mariée. Notre maison était toujours ouverte, mais nous refusions qu’elle partage sa chambre avec son copain sous notre toit. Ce qui a provoqué une réaction terrible et mémorable : pourquoi l’aînée avait-elle pu, elle ? Nous avons expliqué longuement notre cheminement par rapport à cette question. Nous lui avons dit et redit que nous les aimions encore et toujours, mais que ce qu’ils vivaient était trop important pour faire ‘comme si’. Qu’elle était libre de ne pas se marier, mais que nous aussi, étions libres, alors, de ne pas considérer son copain comme un mari. Que nous aussi, bien que plus vieux, étions capables de réfléchir à ce problème, sans devoir être automatiquement en accord avec les mœurs de l’époque. Que l’expérience de notre aînée nous avait fort interpellés, en nous rappelant que l’amour est fragile et ne s’épanouit pas dans n’importe quelles conditions. Ce point de vue fut difficilement accepté par notre seconde…
Nous avons été en froid pendant quelques mois, même si le dialogue n’a jamais été tout à fait rompu. Simplement, chaque partie restait sur ses positions ! Finalement, ils se sont mariés. Est-ce dû à notre attitude ? Nous n’en savons rien, même s’ils nous ont dit avoir été très secoués par notre changement d’attitude et la fermeté de notre argumentation. Ils en ont beaucoup parlé à deux, ce qui les a aidés, peut-être à voir plus loin… Mais sans doute auraient-ils fait le même chemin sans nous ?
Quand notre troisième fille nous a présenté son ami, nous étions déjà plus sereins. Nous ne savons pas comment ça va évoluer mais nous espérons qu’en alliant amour, dialogue, respect et fermeté, nous jouerons convenablement notre rôle de parents. Ce que nous leur souhaitons, en définitive, c’est une vie de couple harmonieuse et épanouie. A eux de faire les choix, à nous d’éclairer leur lanterne....
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