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La libre Belgique, vendredi 7 août 2009
AFP

Le déclin moral et la fornication

Beaucoup d'Afghans les associent au concept de démocratie.

 

Fornication, nudité et décadence occidentale sont associées par de nombreux Afghans à la démocratie, montrant que ce concept importé de l'étranger n'a encore que peu d'emprise sur les mentalités à l'approche des élections présidentielles et provinciales du 20 août.

Parce que les idéaux qui ont mis des siècles à s'imposer en Occident ont simplement été plaqués sur le pays, beaucoup s'abstiendront de voter ou le feront sans comprendre les enjeux, estime l'expert afghan Wahid Mujda. "Lorsqu'on demande aux gens ce qu'est la démocratie, ils répondent que c'est le manque de pudeur et l'absence de religion, et qu'à cause de ça l'insécurité augmente de jour en jour", selon M. Mujda.
"La liberté et la fornication. Voilà ce qu'est la démocratie de l'Occident, des Américains et des Européens, et elle se développe de la même façon ici", déclare Wasim, serveur dans un restaurant de Kaboul.
Selon M. Mujda, "la démocratie est une chose à laquelle les gens doivent être habitués progressivement".

Lorsque les talibans ont été chassés du pouvoir fin 2001 par une coalition internationale menée par les Etats-Unis, les femmes ont tombé la burqa et la fête est descendue dans la rue. Mais ces changements abrupts ont braqué une partie de la société rurale, profondément conservatrice. L'insurrection islamiste et l'antipathie envers les troupes occidentales ont poussé beaucoup d'Afghans à revenir vers la stricte tenue islamique.
La constitution énonce des principes démocratiques, mais 70 % des habitants sont illettrés et n'en savent donc rien.
Les films occidentaux, facilement disponibles, ont encore accru l'impression de dépravation des pays démocratiques.
"Je ne sais pas ce que démocratie veut dire", lance Nour Ali, un Kabouli de 81 ans. "Je sais seulement que quand je demande aux femmes : pourquoi vous promenez-vous presque nues dans la rue?, on me répond : c'est la démocratie. C'est ça, la démocratie? Danser, avoir la peau nue, le déshonneur? Si c'est ça, ça ne devrait pas exister".

La corruption endémique, l'insécurité, les chefs de guerre et leurs armées privées viennent aussi plomber les efforts.
La nomination de responsables à la réputation douteuse et l'échec du gouvernement Karzaï à poursuivre les criminels de guerre ont fait perdre à beaucoup leurs illusions sur le nouveau système.