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La libre Belgique, samedi 5 septembre 2009 Il est permis d'obéir, qu'on se le dise !L'obéissance n'est pas la soumission, insiste Daniel Marcelli, pédopsychiatre français. C'est un rapport de confiance entre deux parsonnes qui passe notamment par la communication. A l'heure de la rentrée des classes, peut-être est-il bon de le rappeler, mais en doutiez-vous, petits enfants chéris : "Il est permis d'obéir". En guise d'introduction, vous faites remarquer que, dans les débats contemporains, les ouvrages de réflexion ou les traités de pédagogie, il est rarement question d'obéissance. Comment expliquez-vous cette quasi-abstinence? Je pense que le concept d'obéissance a mauvaise presse pour plusieurs raisons. Expliquez alors pourquoi obéir, ce n'est pas se soumettre. Il faut bien distinguer deux couples qui s'opposent et à la fois s'articulent l'un à l'autre : le couple "pouvoir-soumission" et le couple "autorité-obéissance". Le premier est naturel. On le retrouve dans le monde éthologique où l'animal le plus faible ou leurré par la séduction se soumet à l'animal le plus fort ou le plus séduisant. Il y a en effet deux grands axes dans le pouvoir : la force et la séduction. La soumission consiste à abaisser l'autre et à faire en sorte qu'il rende les armes. Celui qui exerce le pouvoir, que ce soit par la force ou par la séduction, triomphe par rapport à l'autre qui en est réduit à se soumettre. Il existe une notion de réduction dans la soumission. L'obéissance est-elle indissociable de l'éducation? Je le pense en effet. Je dirais même que l'éducation a rapport avec la compréhension de l'obéissance, entre autres choses. Je crois qu'il est très difficile d'élever un enfant de la naissance jusqu'à 20 ans sans que quelque chose de l'ordre de l'obéissance soit appris. Si l'on n'a pas appris à obéir dans l'enfance, on ne peut pas accéder à la notion de désobéissance. Car pour désobéir, il faut avoir appris à obéir. Sans cela, on ne pourra pas, une fois adulte, avoir de l'autorité, ce qui ne veut pas dire "être autoritaire". On ne sera pas capable de manier le concept d'autorité. On sera soit un adulte tyrannique soit un adulte fuyant. A quel moment apparaît la question de l'obéissance chez le jeune enfant? Dès le moment où l'enfant va accéder à une certaine autonomie motrice. Dans les activités exploratrices de l'enfant, commence à se poser la question de l'obéissance : pourra-t-il ou non tout toucher? De la naissance jusqu'à 20 ans, un enfant ne fait pas toujours ce qu'on lui demande de faire... Il est bien évident qu'un enfant ne fait pas toujours et systématiquement du premier coup ce qu'un adulte lui demande de faire. Dans toute éducation d'un enfant vient un âge aux alentours de 8-10 ans et assurément à l'adolescence où l'enfant a envie de s'autoriser lui-même à désobéir. C'est une situation de conquête d'une certaine forme de liberté qui est tout à fait essentielle. Pourquoi est-il important d'avoir obéi? Parce que lorsque l'enfant désobéit, il sait qu'il désobéit et il redouble de prudence dans sa conduite de désobéissance. Il se surveillera lui-même dans son attitude de désobéissance un peu comme si son parent était présent et le surveillait. Un enfant qui n'a pas appris l'obéissance n'a pas appris les limites. Quand il les dépasse, il se met en danger sans conscience de son acte. Dans quelle mesure est-il permis de désobéir? Il n'est pas permis de désobéir. Je veux dire par là que le parent n'a pas à donner une permission de désobéissance. C'est à l'enfant et à chacun de s'autoriser à désobéir. Si on commence à dire à l'enfant "je te permets de me désobéir", on est dans un double langage, un discours ambigu, paradoxal et quelque peu pervers. On demande donc à l'enfant d'obéir mais le parent sait qu'arrivé à un certain âge et dans certaines circonstances, l'enfant s'autorisera peut-être à désobéir. L'intelligence éducative consiste, quand la désobéissance est minime et ne porte pas à conséquence, à peut-être parfois ne pas nécessairement le soulever, à faire comme si on n'avait rien vu. C'est ce que j'appelle le minimum d'hypocrisie sociale à mettre dans les rouages de l'éducation... Que répondre à une gamine de 5 ans qui vous dit "mais j'ai le droit !" Une enfant de 5 ans qui vous dit ça, c'est assurément une enfant qui a été élevée avec un excès d'autorisation. Ces enfants-là ont beaucoup de mal à supporter les nécessaires limites que tout individu rencontre dans la vie sociale. Et plus on retarde l'âge de la confrontation avec ces limites, plus cela peut être douloureux pour le jeune lui-même et néfaste pour sa santé sociale, c'est-à-dire sa capacité à trouver sa place dans la société. L'apprentissage de l'obéissance est-elle un art? L'apprentissage de l'obéissance est nécessairement en miroir de la capacité à avoir de l'autorité et non à être ni autoritaire, ni laxiste, ni indifférent, ni abandonnique, ni je-m'en-foutiste. Avez-vous le sentiment que les parents éprouvent de plus en plus de difficultés à avoir de l'autorité? Bien sûr, parce qu'il y a eu une disqualification un cetain temps, en raison d'une confusion regrettable entre avoir de l'autorité et être autoritaire, et de l'autre confusion entre obéissance et soumission. Ce qui a contribué à disqualifier la notion d'obéissance et celle d'autorité. On en récolte les fruits amers dans nos sociétés occidentales.
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